Les fashion weeks de Paris et Milan ont marqué une saison de premiers pas et de réinventions. Zoom sur les détails signatures des derniers arrivés.

La Fashion Week femme printemps-été 2026 restera dans les esprits comme l’une des plus singulières de la décennie. De Milan à Paris, les podiums ont vu défiler une génération de créateurs en pleine (re)naissance: nouvelles directions artistiques, premières collections très attendues, repositionnements identitaires… Jamais la scène mode européenne n’avait accueilli autant de «premières fois» en une seule saison.

Cette accumulation de débuts interroge le moment que traverse la mode aujourd’hui: entre désir de continuité et besoin de rupture, cette saison semble marquer un changement d’ère, où chaque maison redéfinit sa voix, son corps et sa mémoire.

Nouvelle ère

Chez Christian Dior, Jonathan Anderson s’attaque à l’héritage avec une audace maîtrisée. Son ambition est claire: faire siens les codes de la maison, non pas en les citant, mais en les rejouant à travers son propre langage, plus instinctif. Taille marquée, architecture du volume, élégance du geste – tout y est, mais transposé dans une grammaire contemporaine où cette rigueur est nuancée de fluidité.

Le dernier passage, éblouissant, condense cette vision: la robe Junon, symbole de la féminité Dior, se voit radicalement réinterprétée, en une variante  allégée, déconstruite, presque liquide. Anderson n’imite pas l’histoire: il la réécrit à la première personne, faisant de Dior un territoire de modernité vivante. 

Nouvelle simplicité

Chez Jil Sander, Simone Bellotti propose un retour aux fondements de la maison, où la pureté des lignes retrouve toute sa force. L’épuré s’y fait encore plus radical, mais ponctué de touches de couleurs vives qui insufflent rythme et tension visuelle.

Le défilé affirme une mode sans superflu, concentrée sur la coupe et la justesse du geste. Le col en V déplacé dans le dos introduit un twist structurel qui renouvelle subtilement le vocabulaire du minimalisme.

Nouvelle peau

Chez Loewe, la première collection de Jack McCollough et Lazaro Hernandez transmet une dose de soleil, un sentiment d’été qui semble se prolonger indéfiniment. Les designers jouent avec la matière et les effets trompe-l’œil: des jeans faits de cuir, des T-shirts moulés comme «séchés par le soleil», créant un dialogue ludique entre illusion et réalité.

Cette approche traduit un réel plaisir créatif, où chaque pièce exploite pleinement le savoir-faire exceptionnel des ateliers de la maison, transformant l’ingéniosité artisanale en une vision tangible et poétique.

Nouvelle conversation

Pierpaolo Piccioli signe chez Balenciaga une première collection pensée comme un dialogue avec certains de ses prédécesseurs, du tailoring sculptural de Demna à la rigueur couture de Nicolas Ghesquière. Sa touche personnelle s’est révélée dans une exaltation de la féminité (que des robes, dont beaucoup du soir!), en hommage aux grandes heures de la maison, mais proposées dans un textile totalement novateur, qui semble vêtir les corps d’un nuage.

Ce «Neo Gazar» est une matière hybride mêlant gaze et organza, volume et légèreté. Voilà qui enchaîne sur la tradition expérimentale de Cristóbal Balenciaga lui-même, qui tenait à réinventer la forme en réinventant la matière.

Nouvelle galaxie

Pour son premier défilé chez Chanel, le Franco-Belge Matthieu Blazy impose une vision à la fois respectueuse et subversive de l’héritage de la maison. Dans un décor galactique, sous les voûtes du Grand Palais,  il redéfinit le luxe par le geste et la matière: une élégance incarnée, sensuelle et joyeuse. Ses silhouettes évoquent les tailles basses de ces années 1920 vécues par Gabrielle Chanel, mais c’est une culotte insolemment apparente qui permet d’abaisser la ceinture de quelques centimètres.

Le tweed et le tailleur en sortent comme ragaillardis, dans un rapport nouveau entre pudeur et puissance. Ces chemises, ces  sous-vêtements d’homme jadis chipés à Boy Capel reviennent pour évoquer ce geste fondateur:  faire du vêtement un lieu de liberté, où le corps, enfin, respire dans sa vérité.(R.L.)