
évidemment, la saison s’y prête à merveille. Le sol dur est avare en exclamations florales, c’est donc le moment, entre décembre et fin mars, de forcer les bulbes à l’intérieur et d’observer la manière langoureuse mais déterminée dont l’élan vert s’extirpe des écailles.
Mais ce plaisir printanier – gloire aux jacinthes, narcisses et muscaris – prend actuellement une dimension presque philosophique chez les fleuristes pointus et autres lanceurs de tendances. Il s’agit ainsi de mettre en scène l’entier de la fleur, de la pointe de ses pétales à l’extrémité de ses racines, comme une allégorie de la vie, de la force qui jaillit de la terre. Il faut pour cela des contenants transparents – ou une motte alanguie sur une coupelle – qui exposent les fonctions vitales de la plante. «On constate clairement une envie de naturalité, relève Marine Randazzo, designeuse florale à Genève, au sein de son atelier Tavola Floral. Cette tendance dans les intérieurs prolonge l’esthétique des murs végétalisés… et assure des compositions qui durent plus longtemps qu’un bouquet de fleurs coupées.»
Ainsi, le très chic Hôtel des Horlogers, au Brassus, certes serti dans sa sauvage forêt du Risoud, n’expose que des plantes vivantes…. quitte à soigner ses bulbes dans l’obscurité jusqu’à l’année suivante. L’affaire ne fonctionne qu’avec des fleurs saisonnières plutôt courtes et résistantes, mais on ne perd pas espoir de voir arriver des variétés d’iris ou de lys. Lois Vitry-Trapman, du studio Royal Bloom, à Lausanne, renchérit, en citant aussi les si gracieuses orchidées Vandas et leurs racines nues: «Ces effets de racines permettent des arrangements végétaux très forts, qui incluent des brindilles, des mousses.» Mais de rappeler, avec sagesse: «La fleur coupée porte elle aussi un message puissant: celui de la beauté fugace… La vie fane, rien n’est éternel.»





