Là-haut sur la montagne, des gestes architecturaux à couper le souffle. Entre art et rochers.

1. Glacier 3000 (VD)

Phénix en équilibre

Le bâtiment Bloc noir et massif comme posé en équilibre au-dessus des Diablerets, le «restaurant le plus haut du canton de Vaud» vit depuis fin 2024 sa seconde vie. Inauguré une première fois en 2000, il était parti en fumée en septembre 2022. Le voilà donc ressuscité, par la grâce de l’architecte Mario Botta, qui avait déjà contribué au projet initial… Il a gagné au passage près de 100 mètres carrés de surface intérieure, et une façade entièrement recouverte de 600 panneaux solaires. Par temps clément, la terrasse de 250 mètres carrés offre une vue sur le Cervin et sur 24 sommets de plus de 4000 mètres!

Ses alentours Après avoir profité de l’un des trois restaurants (le plus gastro étant le Botta lui-même), il n’y a que l’embarras du choix: promenade sur le glacier, ski, vertige sur le Peak Walk by Tissot (un impressionnant pont suspendu avec une vue spectaculaire sur les sommets environnants), chiens de traîneaux, descente en luge…

Glacier 3000, accessible par téléphérique depuis le col du Pillon, www.glacier3000.ch

2. Chäserrugg (SG)

Calme architectural

Le bâtiment L’envie d’y emménager. Tout ici, de l’architecture extérieure épurée au design intérieur minimaliste, donne envie de s’y installer. A défaut, ce Gipfelrestaurant (restaurant du sommet) perché à 2262 mètres dans le Toggenburg accueille randonneurs expérimentés, promeneurs du dimanche ou skieurs pour une parenthèse gastro avec vue panoramique. Plus qu’une escapade, un pélerinage pour les amateurs de starchitectes: l’édifice, ainsi que plusieurs autres petites perles de cette région du Chäserrugg, sont l’œuvre du cabinet Herzog & De Meuron.

Ses alentours Nul besoin de s’équiper de crampons pour profiter de la région. Le Chäserrugg est facilement accessible en transports publics (60 minutes depuis Zurich), et des parkings aux stations inférieures d’Alt St. Johann et d’Unterwasser permettent ensuite de monter en cabine directement au restaurant. La piste de luge part d’Unterwasser et se termine vers le pavillon Espel, autre construction imaginée par Herzog & De Meuron.

Gipfelrestaurant Chäserrugg, ouvert tous les jours de 8h30 à 16h30, www.chaeserrugg.ch

3. Cabane Corno Gries (TI)

La tête à l’envers

Le bâtiment Peut-être qu’en franchissant le col du Nufenen, un touriste britannique en cabriolet aura cru apercevoir un ovni se poser sur les arêtes environnantes… La cabane du Corno Gries est un drôle de vaisseau amiral, avec sa toiture comme renversée, toisant le Val Bedretto. Autrefois bien plus classique, elle prend sa forme actuelle en 2007, grâce à l’architecte tessinois Silvano Caccia. L’intérieur, plus conventionnel, offre des dortoirs, mais aussi des chambres de 2 et 4 lits.

Ses alentours On accède à la structure assez aisèment, notamment depuis All’Acqua (côté tessinois), sur la route en direction d’Airolo, ou depuis Ladstafel, côté valaisan. Il faut compter bien trois heures de marche, été comme hiver. Tout autour de la cabane, les points de vue sont spectaculaires, notamment depuis le petit lac alpin delle Pigne (des pommes de pin).

Cabane Corno Gries, ouverture le 28 février (local d’hiver ouvert jusqu’au 25 février), infos et réservations www.corno-gries.ch

4. Cabane du Vélan (VS)

Figure de proue

Le bâtiment Plus qu’une cabane, la proue d’un navire, face au Grand Combin. Ou la pointe d’une flèche, c’est selon. Un édifice en tout cas paré à affronter les conditions climatiques les plus extrêmes, dans cette zone – 2642 mètres d’altitude tout de même! – où la neige est présente plus des deux tiers de l’année. œuvre du bureau sédunois Savioz Fabrizzi, la version actuelle de la cabane du Vélan a vu le jour en 1993, suite à l’incendie de la précédente construction. Compacte, elle offre une soixantaine de couchettes en toute simplicité durant ses périodes de gardiennage.

Ses alentours La montée à la cabane peut se faire notamment depuis le village de Bourg Saint-Pierre, juste avant l’entrée nord du tunnel du Grand Saint-Bernard. Comptez (à pied en été, en raquettes ou à skis de randonnée en hiver) environ 3 heures et demi et un joli dénivelé positif… Attention, il faut toutefois du matériel (piolet et crampons notamment) et une bonne expérience de la haute montagne pour se lancer à l’assaut de cette voile métallique!

Cabane du Vélan, ouverture hivernale du 14 mars au 9 mai, www.velan.ch

5. Gornergrat (VS)

La tête dans les étoiles

Le bâtiment Le lieu cumule les superlatifs. Terminus de la ligne du Gornergratbahn, la station homonyme est la plus haute gare ferroviaire à l’air libre d’Europe, tandis que l’hôtel attenant – le 3100 Kulmhotel – est l’établissement le plus en altitude des Alpes suisses. Ici, le solide bâtiment en pierre semble défier le temps. Il est en vérité le troisième à y être édifié, après une première cabane en 1886, puis l’hôtel Belvédère, démoli en 1909. 113 ans au compteur, l’actuel bâtiment héberge aussi un observatoire. Centre de recherche scientifique pour les universités de Berne et de Genève, il est aussi ouvert, sur demande, pour les hôtes des lieux. L’endroit idéal pour faire du star-gazing loin de toute pollution lumineuse.

Ses alentours On rejoint le Gornergrat depuis Zermatt en 45 minutes à peine avec le train à crémaillère. A côté de la petite gare, le Zooom Matterhorn (l’entrée est incluse dans le prix du billet de train) permet de découvrir le Cervin de manière interactive, notamment avec des lunettes 3D. Le rush d’adrénaline est garanti.

3100 Kulmhotel Gornergrat, www.gornergrat-kulm.ch

6. Cabane du Mont Rose (VS)

Diamant brut

Le bâtiment Le terme de cabane ne lui convient pas très bien. Car la cabane (sic) du Mont Rose, ouverte aux montagnards depuis mars 2010, se veut exemplaire pour de multiples raisons. D’abord pour son architecture exceptionnelle qui évoque la pierre pyrite, conçue par des étudiants de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich sous la supervision d’Andrea Deplazes: une construction en bois de cinq étages, recouverte d’aluminium, posée sur un solide rocher. Mais aussi pour sa durabilité exemplaire: l’une de ses façades couverte de panneaux solaires, ses batteries et son système de récupération d’eau la rend quasi autonome.

Ses alentours Un diamant dans un écrin glaciaire. Tout autour de la cabane, de nombreux sommets mythiques sont visibles, voire accessibles pour les plus expérimentés, du Lyskamm en passant par la Pointe Dufour. On peut y accéder depuis l’arrêt Rotenboden du Gornergrat Bahn ou au départ du Petit Cervin.

Cabane du Mont Rose, saison de ski de randonnée à partir du 18 mars, www.monterosahuette.ch

7. Restaurant Allalin (VS)

Tour de manège

Le bâtiment Confortablement attablé au restaurant Allalin, dans les hauteurs de Saas-Fee, à déguster un sorbet mangue-passion, vous ne reconnaissez plus le paysage qui s’offrait à vous à l’heure de l’entrecôte d’agneau? Pas de panique, il ne s’agit pas d’un symptôme du mal aigu des montagnes. Perché à 3500 mètres, l’établissement est simplement le restaurant tournant le plus haut du monde. En une heure, il effectue ainsi une rotation à 360 degrés, permettant à tous les hôtes de profiter du panorama: massif des Mischabels, Eiger, Mönch, Jungfrau, mais aussi plaine du Po au sud…

Ses alentours Une fois dans sa vie, se retrouver au sommet d’un 4000 mètres? L’Allalin est l’un des 4000 les plus faciles à gravir, en étant accompagné d’un guide de montagne (et avec la garantie de beau temps). Si seule l’entrecôte du restaurant (et la grotte de glace attenante) vous tente, le Metro Alpin est une expérience à lui tout seul.

Restaurant Allalin, accessible depuis Saas Fee (ouvert de 9h à 15h30), www.saas-fee.ch

8. Chesa Futura (GR)

Drôle de chalet

Le bâtiment Monstruosité hors-sol ou magnifique hommage au savoir-faire artisanal, les avis sont pour le moins mitigés concernant la Chesa Futura de Saint-Moritz. Imaginée par Norman Foster, la bâtisse détonne au cœur de la station huppée. Si l’architecte s’est certes permis une petite audace, il a utilisé ici la technique – éprouvée – du tavillonage, ces tuiles en méleze qui permettent de protéger toitures et façades des intempéries. De plus, cette bulle de trois étages est placée sur des pilotis, comme le sont les chalets typiques de la région, pour les protéger de l’humidité. Une prouesse à admirer depuis la voie publique, puisqu’elle héberge des logements privés…

Ses alentours On est ici dans la station de ski la plus huppée de Suisse, les occasions de voir du beau monde, de manger dans des établissements étoilés et d’admirer les vitrines des plus grandes maisons du luxe ne manquent pas… Chef d’œuvre ferroviaire inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité, le chemin de fer rhétique passe par là. Inimaginable de ne pas en profiter.

Chesa Futura, via Tinus, Saint-Moritz, www.engadin.ch

9. Glacier Paradise (VS)

Face aux glaciers

Le bâtiment Une petite ville vibrante d’animation à 3883 mètres d’altitude. Avec une vue proprement inoubliable, le Matterhorn Glacier Paradise a de quoi ravir tout un chacun: d’abord, le panorama, avec… 38 sommets à plus de 4000 mètres sous les yeux et 14 glaciers, répartis sur trois pays! Mais au cœur de la montagne, le choix est là: un palais de glace, une plateforme d’observation, un cinéma lounge, un restaurant et une boutique de souvenirs… le tout accessible confortablement depuis Zermatt via deux téléphériques. Le voyage est une expérience en soi.

Ses alentours Envie d’un shot d’adrénaline? Moyennant un supplément, il est possible de réserver l’une des quatre cabines Crystal Ride, entre Trockener Steg et Matterhorn Glacier Paradise et/ou entre Matterhorn Glacier Paradise et Testa Grigia. Après le départ de la cabine, le sol – un fond en cristaux qui devient transparent – semble soudain se dérober! De quoi pousser quelques cris d’effroi puis d’émerveillement.

www.matterhornparadise.ch

10. Monte Generoso (TI)

Fleur minérale

Le bâtiment Aucun doute n’est permis: avec ses volumes spectaculaires et ses façades alternant pierres brutes et pierres polies, cet édifice est une création du plus célèbre des architectes tessinois, Mario Botta. Audace stylistique, avec ses cinq pétales minérales s’ouvrant vers le ciel, il abrite un petit espace muséal, des salles de conférences et deux restaurants – un self-service et un gastronomique (qui rouvrira ses portes au mois de mai) qui fait la part belle aux produits locaux.

Ses alentours Perché au sommet du Monte Generoso, quasi à cheval entre le Tessin et l’Italie, il se rejoint grâce à un petit train à crémaillère, au départ de Capolago, tout proche de Mendrisio. Mario Botta est d’ailleurs originaire de cette jolie localité, peu connue, abritant notamment l’académie d’architecture de l’université de la Suisse italienne. Le bâtiment académique est immanquable: sur son porche trône un gigantesque oiseau multicolore, oeuvre de Niki de Saint-Phalle.

Fiore di Pietra, www.montegeneroso.ch

En montagne, s’imposer ou se fondre

Herzog & De Meuron dans le Toggenburg, Norman Foster à Saint-Moritz, Mario Botta au-dessus des Diablerets et dans les hauteurs tessinoises… Aucun doute, les architectes aiment l’altitude. Mais là-haut sur la montagne, deux visions diamétralement opposées de l’architecture s’opposent.

Car il y a d’un côté ceux qui prônent que – pour répondre à la grandiosité des sommets alentours – les bâtiments doivent être majestueux, ultravisibles. S’imposer. Il faut dire que l’absence (souvent) d’autres bâtiments autour, l’écrin minéral des cimes aussi, permet de mettre en majesté une construction. D’autres prônent davantage une architecture dite intégrée. Elle peut certes être massive, mais doit refléter les paysages environnants, à l’image des créations brutalistes françaises de Marcel Breuer, à Flaine (qui évoquent les parois rocheuses), ou de celles de la station des Arcs (qui épousent la pente), imaginées par Charlotte Perriand. «Les Alpes ont toujours été une terre d’audace. À panorama exceptionnel, il faut une réponse à la hauteur, résume Virginie Troussier, autrice du livre «Les Alpes, ces lames dans notre ciel».

C’est d’autant plus stimulant que celles et ceux qui se frottent aux gageures de la construction en altitude sont contraints d’inventer: nouvelles techniques, matériaux inédits, formes spatiales capables de mieux se fondre dans le paysage…. l’enjeu est passionnant, même si l’équilibre reste fragile entre la nécessité de laisser la montagne vierge et le désir d’y imaginer des beautés architecturales.» Des beautés architecturales qui deviendront à leur tour un argument touristique, attirant un nouveau profil de curieux.

« Les Alpes, ces lames dans notre ciel », Virginie Troussier, éd. Nevicata