Chanel N° 5 parfum

N° 5, parfum le plus célèbre du monde, fête ses 100 ans. Balade dans le sillage de cette fragrance unique, devenue un mythe de la parfumerie.

Chanel numéro cinq. Un nom, un chiffre, une légende. Partout dans le monde, N° 5 évoque un parfum unique et iconique dont on célèbre cette année le centenaire. N° 5 est aussi le symbole de la vision avant-gardiste de Gabrielle Chanel, et le reflet intime de sa personnalité. Car, comme tout ce qu’elle crée, la couturière veut un parfum à son image. «Un parfum de femme à odeur de femme», précise-t-elle à Ernest Beaux. Le grand duc Dimitri Pavlovitch de Russie, son amant, lui présente ce jeune chimiste-parfumeur, installé à Grasse depuis 1917.

Mademoiselle Chanel souhaite un jus en rupture avec les conventions de son époque, des soliflores entêtants de violette, iris, rose ou jasmin, dont les noms sont à la fois mièvres et pompeux. Ernest Beaux se lance donc dans une composition à nulle autre pareille, «inimitable» et radicale. Il remplace la note unique, en vogue alors dans la parfumerie, par un bouquet floral intense de 80 ingrédients, dont un mélange particulier de rose de mai et de jasmin de Grasse. En même temps, Mademoiselle tient absolument à son idée de senteur artificielle et abstraite. Le parfumeur lui fait part de ces nouvelles molécules de synthèse, les aldéhydes, qui exaltent les notes de la fragrance. Pour Chanel, il les utilise en quantités importantes et inédites.

Le N° 5 comme une évidence

Lorsqu’il lui soumet les échantillons numérotés, elle s’arrête sur le cinquième, comme une évidence. Ce chiffre est magique, il fait référence à la «quintessence» des alchimistes. Le 5 est aussi le chiffre fétiche et porte-bonheur d’une femme un peu superstitieuse, très sensible aux symboles rassurants. «Elle ne baptise pas autrement ce parfum qu’elle rencontre comme son double olfactif» (Créer le N° 5, Edition Thames and Hudson). Par ailleurs, l’abstraction et la radicalité de la fragrance ne peuvent que résonner fortement chez cette amie intime d’Igor Stravinsky.

Hasard ou coïncidence, ce dernier crée, en cette même année 1921, Les cinq doigts, composition pour piano. Le musicien comme la couturière sont enfants de leur temps. Ils baignent dans une modernité en marche, poussée par le souffle d’une révolution esthétique qui tend vers l’épure et rejaillit sur tous les arts. Le N°5, dans les bouleversements stylistiques au début du XXe siècle, fait entrer la parfumerie dans une nouvelle ère. Le design minimaliste du flacon, la ligne graphique sobre et chic du packaging s’inscrivent aussi dans l’air du temps.

Chanel, première ambassadrice

de Gabrielle Chanel qui a porté N° 5 toute sa vie. La créatrice de mode compose elle-même des collages dans l’esprit des surréalistes, pour son lancement, en 1921. Puis elle pose, en robe noire de dentelle, adossée à une cheminée dans une suite du Ritz, devant l’objectif de François Kollar, pour une publicité dans Harper’s Bazaar. Gabrielle Chanel incarne N° 5, des notes de tête à celles de cœur et de fond; elle en est l’égérie première.

Coco Chanel Harper's Bazaar

Gabrielle Chanel pose en 1937 pour une campagne dédiée à N° 5 dans le Harpers’s Bazaar.

Quelques années plus tard, une autre image interpelle: une file de soldats américains patiente devant la boutique de la rue Cambon pour rapporter à leur bien-aimée un flacon de ce parfum. N°5 est devenu en quelques décennies le symbole d’une féminité absolue, d’une élégance sans fausses notes. Ce number five que Marilyn Monroe avoue porter pour dormir – et rien d’autre – est alors le plus vendu au monde. Il accède au statut d’icône en 1959, entrant dans les collections permanentes du Museum of Modern Art de New York. En 1985 Andy Warhol le transforme en œuvre d’art sérigraphiée.

Un succès fulgurant


Dès les années 1960, sous l’impulsion de Jacques Helleu, directeur artistique de Chanel jusqu’en 2007, N°  5 est mis en scène dans des campagnes publicitaires hors norme orchestrées par les grands noms de la photographie et du cinéma: Richard Avedon, Patrick Demarchelier, Dominique Issermann, Helmut Newton, Ridley Scott ou Baz Luhrmann font tourner leurs caméras et colorent de leur propre univers la légende de N° 5.
C’est qu’en faisant le choix d’un parfum «abstrait», Gabrielle Chanel offre la liberté à chacun de s’en saisir. Donc à chaque femme qui porte N° 5 d’être et de sentir elle-même.

Sublimateur de féminité et de sensualité, la fragrance est incarnée, au fil des décennies, par les actrices les plus célèbres de leur temps: Ali MacGraw, Lauren Hutton, Catherine Deneuve, Carole Bouquet, Nicole Kidman… «N° 5 fonctionne comme la formule magique qui révèle à chaque femme sa propre puissance» (Créer le N° 5, Editions Thames and Hudson).


En 2020, Chanel a choisi la comédienne Marion Cotillard. Dans un film signé Johan Renck, l’actrice française danse jusqu’à la Lune, habillée d’une robe brodée au fil d’or, inspirée de celle que porte Gabrielle Chanel sur une célèbre image de Cecil Beaton en 1937. Marion Cotillard, nouvelle égérie de N° 5, perpétue l’esprit libre d’un parfum qui depuis 100 ans semble en effet échapper aux pesanteurs terrestres et toucher à l’éternel féminin.

Marion Cotillard a rejoint en 2020 la famille des égéries incarnant N° 5.