
Dans la salle de bains, une ingénierie toujours plus sophistiquée met en scène la préciosité de l’eau. Son silence, mais aussi son doux murmure.
De plus en plus précieuse, l’eau est devenue un véritable trésor. A guider, à gérer, à maîtriser et, bien sûr, à économiser, sans pour autant renoncer au plaisir qu’elle procure. On ne parle pas de plomberie, mais d’une véritable culture de l’eau dans la salle de bains: la préserver, la révéler, en faire une expérience sensorielle.
Et plus la maîtrise est réussie, moins elle se remarque, comme une sorte de magie, d’architecture invisible. L’usager ne doit penser ni à la pente du sol, ni à l’étanchéité derrière le carrelage, ni au positionnement du siphon, lorsqu’il prend sa douche. Il doit simplement pouvoir profiter de l’eau, de sa fluidité, de sa chaleur et de son murmure.
Lors de la dernière Milan Design Week, en avril dernier, Geberit a présenté l’installation Flow.Form.Function, qui mettait précisément l’accent sur cette dissimulation. «Le travail de design sanitaire, c’est comme dans l’horlogerie, le plus important est ce que l’on ne voit pas, l’ingénierie cachée dans les murs», commente Christophe Behling, responsable du design chez Geberit.
Si une grande partie du savoir-faire du leader suisse de systèmes sanitaires pour salles de bains reste par nature invisible, Atelier Oï a voulu rendre hommage à ce travail caché avec une installation qui le poétise. «Un ressort permettait de guider et de ralentir les gouttes, mais aussi de révéler leur dynamique propre: il y avait ainsi un dialogue entre la gravité, le contrôle du dispositif et une part d’aléatoire. C’est cette relation entre maîtrise technique et poésie que nous voulions faire ressentir à travers l’installation», commentent les designers de La Neuveville.
Le murmure de la goutte
La connaissance de l’eau et de ses comportements passe aussi par une dimension plus sensorielle, souvent négligée: le son. Le bruissement d’un jet, la résonance d’une goutte, le murmure d’un écoulement sont des aspects importants auxquels on ne pense pas quand on se prépare le matin.
Voilà qui ouvre sur un autre champ du design: le bruitage. Comment dompter l’eau domestique, pour créer une poésie du silence? La maîtrise de l’eau consiste alors à composer un univers sonore harmonieux et discret, comme le confirme Atelier Oï: «Le son fait lui aussi partie de cette maîtrise invisible, puisque, dans l’univers domestique, il faut éviter que les bruits d’écoulement ou d’évacuation ne deviennent une nuisance. Dans notre installation pour Geberit, nous avons abordé cette question de manière plus sensible: la friction du ressort ralentissait la goutte et adoucissait son impact lorsqu’elle atteignait l’eau. Le son devenait alors beaucoup plus fin, presque retenu. Il ne s’agissait pas de faire disparaître l’eau, mais au contraire de lui donner une présence plus subtile, où le silence et le son peuvent coexister.»
Chez Laufen, une innovation récente rend la chasse d’eau à la fois plus puissante et ultrasilencieuse, tout en réduisant davantage la consommation d’eau. Silent Flush, la dernière génération de technologie de rinçage de la marque suisse, produit un tourbillon liquide discret qui limite les bruits d’évacuation d’eau et la pollution sonore ainsi induite. Une innovation particulièrement intéressante pour les hôtels.
Axant leurs recherches sur le plaisir de l’utilisateur, les marques rivalisent en technicité et inventivité. Chez Hansgrohe, maison allemande de produits haut de gamme, la gamme de douches Raindance Alive propose de nouveaux types de jets, comme RainAir, qui produit une pluie dense composée de gouttes enrichies en air, offrant une sensation de douche enveloppante comme une pluie tropicale vivifiante, tandis que le jet PowderRain évoque une douce pluie d’été: des gouttes ultrafines forment un jet d’une grande douceur qui enveloppe le corps.
Ainsi, derrière la promesse d’une salle de bains plus silencieuse, plus économe et plus sensorielle se dessine une nouvelle approche du design sanitaire où la technologie disparaît pour laisser l’eau retrouver toute sa poésie. Un doux murmure, comme une mélodie, un accompagnement musical qui donnerait peut-être encore davantage envie de chantonner sous la douche.

