Plus le monde se numérise, plus les spas se tournent vers les savoirs encestraux et la force de la nature. C'est le cas du nouvel ŪRJĀ, au Four Seasons Kuda Huraa, aux Maldives, qui s’inspire du centre Emma Kunz en Suisse.

Le trajet ne dure que quelques minutes. Il ne se fait ni en train, ni en bus, ni en voiture. Le chemin vers le spa se fait sur l’eau. Une eau si turquoise qu’on dirait que Tiffany & Co. a déversé sa couleur emblématique dans l’océan Indien. Le petit dhoni, le bateau traditionnel des Maldives, glisse au-dessus des fusiliers à dos jaune et des vivaneaux à raies bleues avant d’accoster à la passerelle en bois face à l’île principale. Le Four Seasons Resort Kuda Huraa, aux Maldives, ne dispose pas d’un spa ordinaire, mais d’une île entière dévolue au bien-être. C’est ici, sur un sable si blanc qu’il éblouit les yeux, entre palmiers et mangroves, que l’ŪRJĀ a ouvert ses portes il y a quelques jours. L’«île naturopathique», où sont proposés des soins spa et du yoga au lever du soleil, existe depuis longtemps, mais le concept est nouveau.

Le luxueux complexe hôtelier Four Seasons Resort Maldives at Kuda Huraa est situé dans l’atoll de Malé Nord. Depuis les Beach Pavilions dotés de leur propre piscine privée, on accède directement à l’océan Indien.

Envie d’un peu plus de mer ? La piscine à débordement du « Landaa Estate », au sein du Four Seasons Resort Maldives at Landaa Giraavaru, semble se fondre dans l’océan. Les villas sur pilotis, même dans leur version classique, disposent elles aussi d’une piscine privée et offrent une vue à couper le souffle.

En sanskrit, ŪrjĀ signifie «force vitale». Un mot qui renvoie à l’essence même du centre de bien-être: retrouver l’équilibre intérieur grâce à des rituels en communion avec la nature, ramener le corps, l’esprit et l’âme en harmonie – sans aucune technologie de pointe. «Dans notre quotidien, notre énergie est souvent tournée vers l’extérieur. Nous voulons rééquilibrer cette énergie vitale», explique le docteur Anand Prayaga, naturopathe et directeur du spa. Un travail qui ne se fait pas par électrostimulation musculaire ou par perfusions de nutriments – qui coulent depuis quelques années comme du café dans les veines des adeptes de la santé –, mais grâce à une terre de roche provenant du village suisse de Würenlos, en Argovie.

Mystérieuse terre de roche

Mais pourquoi un spa de luxe de l’océan Indien mise-t-il sur un rituel de bien- être imaginé il y a environ cent   ans par une naturopathe et naturaliste suisse, à quelque 7500 kilomètres des Maldives? «Nous étions simplement à la recherche d’œuvres d’art ayant un effet curatif. Et à Londres, nous sommes tombés sur les dessins d’Emma Kunz», raconte Anand Prayaga. Il faut dire que la Suissesse, qui ne s’est jamais qualifiée d’artiste, a réalisé à l’aide d’un pendule des images composées de figures géométriques dont le rythme et les formes sont censés apporter des réponses aux questions les plus pressantes du XXIe siècle. Ces œuvres ont été exposées dans des institutions prestigieuses telles que le New Museum de New York, les Serpentine Galleries de Londres ou le Seoul Museum of Art. Plus près de nous, plusieurs dessins sont également accrochés dans l’hôtel Chesa Marchetta, récemment ouvert en Engadine par le couple de galeristes Manuela et Iwan Wirth.

Moins connue, mais non moins étonnante, est une découverte qu’Emma Kunz a faite dans une carrière romaine de la vallée de la Limmat à l’aide d’une baguette de sourcier: une roche qu’elle a baptisée «Aion A» et à laquelle elle a attribué des pouvoirs de guérison. Lorsque le fils du propriétaire de la carrière a contracté la poliomyélite et qu’aucun médecin ne savait quoi faire, le père a demandé de l’aide à Emma Kunz. Pendant des mois, elle a appliqué des pansements à base de cette terre curative sur le corps du garçon de 6 ans, jusqu’à ce qu’il puisse à nouveau marcher. Anton C. Meier, une fois guéri, était si reconnaissant envers elle qu’il a fondé le Centre Emma Kunz, à Würenlos. Aujourd’hui encore, son art y est exposé et l’Aion A y est expédié vers le monde entier.

Argile

Affections rhumatismales, douleurs articulaires et musculaires, névralgies, claquages ou inflammations cutanées: la terre médicinale découverte par Emma Kunz et baptisée Aion A serait efficace contre une multitude de maux. Elle est extraite d’une carrière romaine près de Würenlos et contient du carbonate de calcium, de l’acide silicique ainsi que des minéraux argileux.

Au Four Seasons Resort de Kuda Huraa, un rituel spécial a été développé à partir de produits contenant cette terre médicinale. Il se déroule dans l’un des pavillons sur pilotis, où souffle une brise chaude venue de la mer. Après un bref gommage des pieds au sel de l’Himalaya, on s’installe sur la table de massage. Une brosse sèche stimule la circulation sanguine, puis un enveloppement à la boue Aion-A est appliqué. Pendant que la terre riche en minéraux agit, des points spécifiques situés sur la tête sont traités par acupression afin de soulager les tensions. Au bout d’environ vingt minutes, le «masque» est enlevé, et le massage ŪRJĀ à la mélisse et au thym veille à ce que le reste du corps se détende également. Pour finir, le visage est rendu éclatant grâce à un nettoyant, un masque exfoliant et une crème qui, outre l’Aion   A , contiennent notamment de l’huile d’olive, des amandes, de l’huile de tournesol et de l’huile de sésame.

L’intérieur moderne reprend les couleurs de la mer et du sable.

Au restaurant Fuego Grill, sur l’île de Landaa Giraavaru, les amateurs de surf & turf sont à la fête. En prime, une généreuse dose de romantisme est offerte.

«Aion  A est un mot grec qui signifie «sans limites»», explique la médecin Eva Thiel. En Suisse, elle dirige un cabinet de médecine holistique et, pendant douze ans, elle a animé des séminaires au Centre Emma Kunz. À l’ŪRJĀ également, Eva Thiel transmet son savoir. «L’Aion A agit sur notre corps de lumière, sur notre corps émotionnel et sur notre corps mental. C’est un moyen de réactiver nos propres ressources, nos capacités d’autoguérison. On peut l’utiliser à sec ou sous forme de boue, il soulage toutes les affections imaginables, explique l’experte. Emma Kunz était précurseuse et savait bien décrypter les biorythmes des personnes et les cycles des plantes. Elle passait beaucoup de temps dans la nature. À l’époque, elle était très en avance sur son époque.»

Tourner le dos au biohacking

Aujourd’hui, l’approche de la naturopathe correspond à l’air du temps. Car tandis que de plus en plus de spas médicaux contribuent à la longévité tant rêvée à l’aide d’appareils technologiques, un contre-mouvement s’est discrètement mis en place – alimenté par une numérisation toujours plus envahissante et par les signes de fatigue qu’elle entraîne. Au lieu de miser sur le biohacking avec des appareils ultramodernes, une série d’hôtels de luxe se tournent vers des savoirs anciens et des pratiques proches de la nature. Ainsi, le nouveau spa Seijaku, au sein de l’hôtel cinq étoiles bâlois Les Trois Rois, se consacre à la culture japonaise de la pleine conscience. L’intérieur épuré, avec bois de cèdre et papier washi, est l’œuvre des «starchitectes» Herzog & de Meuron.  


Le nouveau spa Seijaku de l’hôtel Les Trois Rois, à Bâle, s’inspire de la culture japonaise de la pleine conscience. Il est aménagé avec beaucoup de bois de cèdre et de noyer.

© Olivia Pulver

Le refuge de montagne Forestis, dans le Tyrol du Sud, rend quant à lui hommage à d’autres traditions ancestrales: dans la Wyda Room, on pratique des exercices énergétiques celtiques vieux de plusieurs millénaires. Et au spa du Grand Hotel Belvedere, récemment ouvert à Wengen, on utilise les produits naturels de l’Autrichienne Susanne Kaufmann. Les plantes qui entrent dans la composition des huiles et des crèmes pro-viennent de la forêt de Bregenz.

On pourrait alors se demander: pourquoi parcourir la moitié du globe alors que le bonheur est si proche? Une objection légitime… Mais n’est-ce pas justement pendant les vacances que l’on trouve le loisir de faire des choses pour lesquelles nous n’avons pas le temps au quotidien? Prendre soin de sa santé, par exemple. Et la distance physique entraîne parfois aussi une distance émotionnelle qui peut s’avérer bénéfique…

On s’éloigne ainsi doublement des soucis qui nous préoccupent au travail ou dans nos relations quotidiennes. De plus, l’environnement lui-même peut contribuer au bien-être. Une étude de l’Université de Londres a démontré que la dopamine, l’hormone du bonheur, est également sécrétée lorsque l’on contemple des œuvres d’art ou des espaces à l’architecture séduisante… Comme les villas sur pilotis du Four Seasons Resort Maldives at Landaa Giraavaru, l’hôtel jumeau du Kuda Huraa. Observer dès le matin, depuis sa salle de bains, les poissons qui filent à toute allure à travers une ouverture dans le sol? Ou admirer depuis la terrasse de la piscine le lever du soleil qui rougit lentement, tandis que le doux clapotis de l’eau agit comme un «Om» méditatif? Des moments presque inestimables.


Le Forestis est situé à 1800 mètres d’altitude, dans une région boisée avec vue sur les Dolomites. Son spa met à l’honneur les traditions celtiques. 

© Forestis

Le Landaa Giraavaru est spécialisé dans les soins ayurvédiques, l’une des plus anciennes médecines de l’humanité. Originaire de l’Himalaya, elle s’est répandue via le Népal jusqu’au sud de l’Inde. C’est à partir d’environ 800 av. J.-C. que le système médical de l’ayurveda s’est développé. 

La santé est évaluée à partir de l’iris, de la langue et du pouls, sans aucun laboratoire. Au Landaa Giraavaru, la plupart des soins se déroulent en plein air, des drapeaux de prière indiquent le chemin vers les salles de soins, accompagnés par de doux sons chantés par le personnel. «En 2020, nous avons introduit dans notre spa le concept AyurMa, mère de la vie», explique le directeur, le docteur Arun K. Tomson. «Nous célébrons la capacité de la Terre à nous guérir et nos possibilités de la guérir en retour.» Et cela semble, plus de deux mille ans plus tard, plus nécessaire que jamais.

Des clés pour le XXIe siècle

Emma Kunz, naturopathe et chercheuse suisse, a vécu de 1892 à 1963. Son héritage artistique comprend plus de 400 images. Durant toute sa vie, elle s’est intéressée à des domaines aussi variés que la prophétie, la télépathie ou la naturopathie, en rejetant catégoriquement la notion de miracle. Pour son travail, elle activait simplement les forces qui, selon elle, sommeillaient en chaque être humain. À partir de 1938, elle a commencé à réaliser des images grand format sur du papier quadrillé à l’aide d’un pendule. À travers ces œuvres graphiques, elle souhaitait explorer les «principes de l’univers». Chaque image repose sur une question qu’Emma Kunz adressait au pendule. Elle ne les annotait pas ni ne les expliquait, estimant que ces œuvres codées étaient «destinées au XXIe siècle» et qu’elles apporteraient des réponses à de nombreuses questions. Ses images sont exposées dans des musées et galeries du monde entier.